En 1997, il est gardien au musée Gustave Moreau, des vapeurs de térébenthines mélangées à la poussière l'intoxiquent. Il devient à son insu même, Painterman. Dès lors, il pense en peinture. Ses pulsions picturales se concrétisent en des actions picturales non visibles, non cachés. Pinxit 1997-2003 fait le récit de ses actions picturales et clandestines... la peinture c'est c'est marcher, courir, boire, manger et faire ses besoins . Vous aurez beau dire que je suis un dégueulasse, c'est tout ça.Arthur Cravan
... où trouver Pinxit ?...
rien ne saurait me captiver plus profondément que la peinture
version en ligne du texte publié aux éditions clandestines s.l.n.d
Les visiteurs sont au dernier étage du musée Gustave Moreau, brutalement le conférencier tourne sa casquette : " Vous pensez ici en avoir fini, vous vous êtes rassasiés des oeuvres du symboliste, avec délectation peut-être, vous croyez avoir mesuré l'ampleur des lieux, vous croyez avoir tout vu? Tout est miné. Clandestinement s'est exposé sous vos yeux, à votre insu, un travail réalisé, entre 1997 & 2001, par un rapin, employé au musée. Reprenons la visite. Des deux yeux... En 1993, Laurent Marissal postule à la Direction des musées de France. Embauché au mois d'août comme agent d'accueil et de surveillance de week-end, il commençe son travail à la fin de l'été. Il doit subsister et continuer son travail pictural : cet emploi le lui permet. Durant plusieurs années, il travaille dans le musée comme agent, s'ennuyant ferme. Pour tuer le temps il prend des notes, des croquis, prépare sur un carnet le travail de la semaine à venir, lit des livres en secret... Des consignes strictes lui interdisent ces activités. Une note de service signée de la directrice du musée, datée de septembre 1997, en témoigne : dans les salles, les agents de surveillance ne doivent pas lire ou se livrer à des travaux personnels. Ce n'est qu'en mars 1997 qu'il systématise ces activités clandestines pour en faire le noeud de son oeuvre : utiliser le temps de travail aliéné au musée, à ses propres fins. Dès lors, il note scrupuleusement le moindre moment repris à son employeur. Sa désaliénation nécessite la récupération de sa force de travail à travers des activités variées mais toujours liées à sa condition de peintre. Il sera désormais payé pour faire de la peinture mais à l'insu de son employeur.
Le matériau pictural, c'est le temps même.
Il n'est pas requis au peintre d'expliquer son oeuvre, à quoi bon peindre sinon. L'oeuvre réside aussi dans les interrogations. L'oeuvre génère des discours, mais ne doit pas se figer dans sa propre parole. Aussi, je me ferai l'écho de ce silence, je me contenterai de vous présenter le travail du peintre, vous laissant le champ libre. 
Au troisième étage, on peut encore voir son empreinte sur le musée. Le conférencier attire son auditoire : " Vous voyez ici , la marque de ses doigts, imprégnés volontairement le 27 avril 1997 dans la peinture fraîchement rénovée de l'encoignure du passage. Il indexe littéralement le musée. Là, il accroche une des feuilles blanches qui signale le déplacement d'une peinture de Gustave Moreau "la naissance de Vénus", réalisant sans autorisation une définition/méthode de Claude Rutault.
Assis sur cette chaise, Laurent Marissal remplit des carnets, lit. Soucieux de prouver la réalité de ses détournements, il profite de la venue d'un photographe du Parisien Libéré et s'arrange pour figurer dans le champ de chacune des photos prises par le reporter. Une photo paraît le 6 janvier 1998, on y voit le peintre en train de lire. 
Le samedi 6 juin 1998, il expose un livre de Renaud Camus - Qu'il n'y a pas de problème de l'emploi - à sa place d'agent : la chaise du gardien du temple. Lui se mêle au public, regarde les tableaux, flâne...

À cet étage, il reçoit quelques visiteurs, complices de ce détournement du temps... On peut citer les parents de l'artiste, Jérôme Gontier, écrivain, ami d'enfance. Carole, la soeur de Laurent Marissal, et Jérôme Gontier témoigneront d'ailleurs de leur venue. Par ailleurs, Laurent fait signer la main courante, que chaque agent doit remplir lors de sa prise de poste, à quelques-uns de ses amis... Avant de partir en congé de formation - en liberté surveillée, s'amusait-t-il à dire - il réalise ici sa dernière exposition clandestine... Descendons maintenant au second étage où d'autres actions nous attendent... "
Les visiteurs empruntent l'escalier hélicoïdal, le conférencier les invite à s'arrêter sous les caméras de vidéo-surveillance et reprend son discours : "Voyez là, sous l'oeil aveugle des caméras, le peintre clandestin reçoit nombre de ses complices; ils y laissèrent des traces. Un cahier de doléances mis à la disposition du public est rempli par la soeur de l'artiste, son mari et par le complice privilégié, le critique d'art Jean-Charles Agboton-Jumeau."

"Au-dessus du radiateur, le peintre accroche une feuille blanche pour marquer le déplacement au troisième étage de l'oeuvre dont nous avons parlé tout à l'heure. Il remplit nombre de ses pisat; pisat est un mot russe qui désigne à la fois l'action d'écrire et de peindre, c'est ainsi qu'il nomme ses notes écrites-dessinées. Il en publie quelques-unes dans un numéro d'Action Poétique, grâce à Véronique Vassiliou qui sut lors d'une exposition, décrypter son travail. Le peintre regarde parfois des matchs de rugby à la télé officiant normalement à la projection, en boucle, d'un film insipide sur Gustave Moreau.
Dirigeons-nous maintenant vers les appartements du peintre."

Les visiteurs arrivent à l'entresol, et entrent dans l'appartement ouvert à la visite : " Ici, sans caméras de surveillance, Laurent Marissal n'a que le public comme témoin. Le bureau de la directrice est juste en face. Seul le bruit de la serrure le prévient de son arrivée... ". Les visiteurs sont face à la salle à manger : " Sur la crédence il expose une canette de jus d'orange au mois de septembre 1998."

Une de ces actions est encore visible : vous pouvez voir ici les deux chaises dont il échange la place, en février de la même année. "

Le groupe suit le conférencier dans le salon. " Un jour, il déplaçe les pièces du jeu d'échecs selon un cycle défini par le son des cloches des alentours. Il ne les entend retentir que 3 fois, absorbé par la lecture, car il lit, ici, beaucoup... Il lit d'ailleurs à tous les étages. Plus tard il échange la place des deux chaises autour de l'échiquier... "
"En mettant la barrière, le peintre va jusqu'à fermer l'accès au public de cet espace. Il veut, dit-il, peindre l'air qui le sépare des objets. Descendons maintenant au rez-de-chaussée."
Les visiteurs sont maintenant sur le palier, le conférencier chuchote : " Nous n'avons pas accès aux salles du personnel; pourtant l'essentiel de son travail, avec le détournement du temps, y réside. Par une suite d'actions syndicales, l'artiste provoque des travaux pour agrandir l'espace dévolue aux agents. Nul n'en doute, sa motivation principale est de modifier concrètement l'espace et faire ainsi oeuvre de peintre, de sculpteur et d'architecte. Nous n'avons pas le temps de rentrer dans les détails des actions, mais les leviers principaux sont la grève et la condamnation des conditions de travail dans les différentes commissions paritaires de l'Administration. De même, il réduit réellement le temps de travail des agents. Concrétisant son rêve : repeindre le temps et l'espace. Il doit pour cela adhérer à un syndicat puissant, crédible ; au ministère de la culture, c'est la CGT. Il n'en perd pas pour autant son autonomie, et poursuit ses activités picturales, le support étant le musée et l'outil, l'organisation syndicale.

Au sein de cette dernière, il réalise un journal, Cartel, avec un camarade et complice : Xavier Femel? Il y insère évidemment les indices de sa pratique et invite de nombreux artistes et poètes à y participer. J-C Agboton-Jumeau, A. Gallégo, J. Gontier, LJC, V. Maestri, R. Martinez, J. Sivan, V. Vassiliou? "
Succédant au conférencier, le groupe sort du musée : " Voilà arrivé ici, à l'air libre, je peux vous lire le bilan, dressé par l'artiste, de ses actions. Entre 1997 et 2001, Laurent Marissal a lu 62 livres ; réalisé 77 actions clandestines ; remplit 8 carnets de notes (pisat) dont 3 furent publiés dans la revue Action Poétique, volé 95 menus objets ; vu 9 de ses parents ou amis ; provoqué 2 jours de grève (fig 14). Il usait aussi de son temps réapproprié d'activités secondaires, il put le long de ces mois de labeur souterrain, rédiger une partie de son mémoire de maîtrise, dessiner quelques planches des 10 pages publiées dans la revue de BD Ego comme X, N° 7, Angoulême, 2000...
Nietzsche écrit quelque part qu'un homme qui ne dispose pas des 2/3 de son temps est un esclave. Sur 862,50 heures de travail aliéné effectuée au musée d'avril 1997 à août 1998, Laurent Marissal a recouvert 617,45 heures de travail clandestin...
De septembre 1999 à juillet 1999, il put s'évader 10 mois en congé formation durant lesquels il travailla avec Jean-Charles Agboton-Jumeau à la revue C.1855 le feuilleton. De 1999 à 2001, comme permanent syndical, il put au mois d'août 1999, partir pour Reims assister à l'ultime éclipse du XXe siècle, être élu à la commission administrative du musée, réaliser avec Xavier, Cartel, journal syndical crypté, exposer le troisième numéro lors de l'exposition Critique et Utopie, 30 ans de livre d'art en France, organisée par Anne Moeglin-Delcroix ; mais surtout modifier les espaces du musée Gustave Moreau en provoquant la création de nouvelles toilettes, d'une douche, d'un vestiaire, d'un espace de pause et réduire le temps de travail des agents d'1h30. Merci de votre attention, au revoir. "
Le conférencier disparaît.
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